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L’argent public ne doit-il pas d’abord servir l’école publique ?

  • 23 mai
  • 4 min de lecture

L’école publique occupe une place particulière dans mon engagement politique. Sans doute parce que je suis profondément attaché à l’idée d’égalité, mais aussi parce que j’ai moi-même fait des études pour devenir professeur des écoles. J’ai appris ce que représente réellement l’Éducation nationale, une institution imparfaite, évidemment, mais surtout un pilier essentiel de notre République.


Quand on choisit de travailler dans l’école publique, on fait le choix d’enseigner à tous les enfants. Sans distinction d’origine sociale, de religion, de quartier ou de niveau scolaire. On fait le choix d’un idéal profondément républicain, celui d’un accès universel à l’éducation.


Et cet idéal mérite aujourd’hui d’être défendu avec force.


Car depuis des années, l’école publique subit un affaiblissement progressif. Manque de moyens, pénurie d’enseignants, classes toujours plus chargées, remplacements impossibles, accompagnement insuffisant des élèves en difficulté. Sur le terrain, les alertes se multiplient. Les personnels tiennent l’institution à bout de bras, souvent au prix d’un épuisement immense.


Cette dégradation n’est pas neutre. Elle produit mécaniquement un déplacement vers l’enseignement privé. Beaucoup de familles, parfois inquiètes pour la réussite de leurs enfants, finissent par penser que le niveau y est meilleur, que l’encadrement y est plus stable ou que les conditions d’apprentissage y sont plus favorables.


Mais cette perception doit être interrogée.


D’abord parce que l’enseignement privé ne repose pas sur une supériorité naturelle. Vous ne le savez peut-être pas mais beaucoup d’enseignants du privé sous contrat y exercent parce qu’ils n’ont pas obtenu les concours de l’Éducation nationale. Ce constat ne vise pas à remettre en cause leur engagement ou leurs compétences, mais simplement à déconstruire une idée reçue selon laquelle le privé serait, par nature, plus exigeant ou composé d’enseignants “meilleurs” que dans le public. Ensuite parce que si certaines familles quittent le public, c’est aussi parce qu’on a progressivement laissé se dégrader les conditions d’enseignement dans l’école de la République.


On crée alors un cercle vicieux. Moins on investit dans le public, plus le privé apparaît attractif ; et plus le privé attire, plus on fragilise l’ambition collective d’une école commune.


J'allais écrire "je suis de gauche et je suis attaché à ce que l’argent public finance d'abord le service public". Mais au fond, je le sais, ce n'est pas une histoire de gauche ou de droite. Pour beaucoup, c'est une question de bon sens. Les impôts servent justement à batir une société utile pour tous, que ce soit avec l'école, avec les hopitaux, avec nos forces de l'ordre...


Nos impôts doivent donc servir à renforcer l’école publique, à recruter des enseignants, à mieux accompagner les élèves (tous les élèves !), à réduire les inégalités territoriales et sociales. Faire le choix d’inscrire son enfant dans le privé relève d’une liberté individuelle, et cette liberté existe déjà pleinement. Mais je ne crois pas que ce choix doive reposer massivement sur de l’argent public.


Car à partir du moment où l’enseignement privé est largement financé par de l'argent public, peut-on encore réellement parler d’enseignement “privé” ?


Aujourd’hui, ce qui distingue souvent le privé, ce n’est pas tant son financement que son accessibilité sociale. Et cela pose une question fondamentale : voulons-nous d’un système éducatif où certains établissements deviennent, de fait, plus accessibles à certaines catégories sociales qu’à d’autres ?


Je comprends aussi les parents qui font le choix du privé pour offrir à leurs enfants certaines options spécifiques, des parcours particuliers ou un accompagnement qu’ils pensent ne plus trouver dans le public. Beaucoup le font par inquiétude ou par volonté de donner le meilleur à leurs enfants, et il serait trop simple de les caricaturer. Mais cette situation pose une autre question : pourquoi l’école publique, avec des moyens suffisants et une véritable ambition politique, ne pourrait-elle pas proposer elle aussi une offre riche, diversifiée et attractive partout sur le territoire ? Le problème n’est pas l’incapacité du public ; le problème, c’est le manque d’investissement dont il souffre depuis trop longtemps.


Je crois à l’école qui mélange, à l’école qui rassemble, à l’école qui permet à des enfants de milieux différents de grandir ensemble. Je crois que la République a besoin de lieux communs, et l’école publique en est un des plus précieux.


Enfin, il y a un sujet sur lequel nous devons être beaucoup plus fermes : celui de l’enseignement privé hors contrat.


Dans un pays comme la France, il est profondément inquiétant de voir prospérer des établissements qui échappent largement au contrôle de l’État. Derrière certains hors contrat, on retrouve parfois des enseignements opaques, des dérives idéologiques ou des atteintes aux valeurs républicaines. L’instruction des enfants ne peut pas devenir une zone grise.


L’État devrait pouvoir contrôler ces établissements dès leur ouverture, de manière stricte et systématique. Et lorsqu’un établissement ne présente pas toutes les garanties pédagogiques et républicaines nécessaires, il ne devrait tout simplement pas pouvoir ouvrir.


L'éducation n’est pas une marchandise. Je refuse de croire que le déclin de l’école publique serait une fatalité. Derrière chaque fermeture de classe, chaque manque de moyens ou chaque renoncement budgétaire, il y a en réalité un choix politique. Celui de considérer l’éducation comme une dépense plutôt que comme un investissement pour l’avenir.


Pour ma part, je continuerai à défendre une école publique forte, exigeante et accessible à tous. Une école qui ne trie pas les élèves selon les revenus des parents. Une école capable d’offrir les mêmes chances, les mêmes ambitions et les mêmes perspectives sur tout le territoire. Une école qui reste fidèle à sa mission première : former des citoyens libres, éclairés et égaux.


Parce qu’au fond, la question est simple : voulons-nous encore faire société ensemble ? Si la réponse est oui, alors nous devons redonner à l’école publique les moyens d’être pleinement l’école de la République.


N'hésitez pas à me donner votre opinion en commentaire.

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